mardi 5 juin 2012




 

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Chopin Nocturnes op.9
Jacques Loussier

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"Je voyagerai car j'aime le monde, mais j'ai la conviction que, ailleurs, je serai toujours en exil"
Albert Camus 






Ma vie



Tu t'en vas sans moi, ma vie,
Tu roules,
Et moi j'attends encore de faire un pas,
Tu portes ailleurs la bataille,
Tu me désertes ainsi.
Je ne t'ai jamais suivie,
Je ne vois clair dans tes offres.
Le petit peu que je veux,
Jamais tu ne l'apportes.
A cause de ce manque, j'aspire à tant,
A tant de choses, à presque l'infini...
A cause de ce peu qui manque,
que jamais tu n'apportes.


Henri MICHAUX 


 



Albert CAMUS
L'été






Tipaza, en ce lieu, en effet, il y a plus de vingt ans, j’ai passé des matinées entières à errer parmi les ruines, à respirer les absinthes, à me chauffer contre les pierres, à découvrir les petites roses, vite effeuillées,  qui survivent au printemps. A midi seulement, à l’heure où les cigales elles-mêmes se taisaient, assommées, je fuyais devant l’avide flamboiement d’une lumière qui dévorait tout. La nuit, parfois, je dormais les yeux ouverts sous un ciel ruisselant d’étoiles. Je vivais, alors.         






 A midi sur les pentes à demi sableuses et couvertes d’héliotropes comme d’une écume qu’auraient  laissée en se retirant les vagues furieuses des derniers jours, je regardais la mer qui, à cette heure, se soulevait à peine d’un mouvement épuisé et je rassasiais les deux soifs qu’on ne peut tromper longtemps sans  que l’être se dessèche, je veux dire aimer et admirer. Car il y a seulement de la malchance à n’être point aimé : il y a du malheur à ne point aimer.






 La mer aussi se taisait, comme suffoquée sous 
la douche ininterrompue d'une lumière étincelante
et froide. Venu du Chenoua, un lointain chant de coq
célébrait seul la gloire fragile du jour. Du côté des 
ruines, aussi loin que la vue pouvait porter, on ne 
voyait que des pierres grêlées et des absinthes, des 
arbres et des colonnes parfaites dans la transparence
de l'air cristallin. Il semblait que la matinée se fût
fixée, le soleil arrêté pour un instant incalculable.
Dans cette lumière et ce silence, des années de 
fureur et de nuit fondaient lentement. 
j'écoutais en moi un bruit presque oublié, 
comme si mon cœur, arrêté de puis longtemps,
 se remettait doucement à battre. 

 







Frédéric MUSSO 
 L'imparfait du fugitif





Le soleil tremble au-dessus de l'eau. Sur la plage
un vent barbare a feuilleté le livre d'une fiancée
à hanches de dormeuse. Regard bleu, éternité du
hâle qui dure plus que l'ombre. Le vent a laissé
du sable entre les pages. Ce soir la fiancée se fera
une beauté dans le parfum perdu de la mer.


     

 La ville tremble dans la halte des oiseaux. La-haut
des femmes aux mains de henné parlent entre les tombes.
En bas, des hommes souliers cirés à miroir 
font des gestes aux terrasses.
 Ils caressent un monde séparé comme
on joue sous la lampe. Et toi, de ce monde, 
tu observes le silence comme une réfraction de l'invisible.


     


Parfois sous un ciel de facture antique tu te souviens
du chaos dont le vent reste la mémoire, de tes pas
vers la mer épandue comme une huile pure,
de la jeune fille nue sur sa conque, du visible et de 
l'invisible confondus. Tu te souviens du présent.
 



 Comme je m'aperçus un jour qu'on ne peut brûler

ce qu'on a adoré et n'en garder que le diamant
parce que le carbone ne laisse pas de cendre, 
je compris que trop de choses 
me liaient à mon pays pour que je puisse
 le considérer comme englouti.








La mer est toujours au bout de la rue


...Pays natal béni, nourricier de splendeur,
A nôtre insu, Tu nous appris le goût de savourer,
jusqu’à la plus infime, les joies d'une 
terre prodigue.Tu nous enseignas 
le bonheur d'exister. il faut dire aussi que
tu nous offrais comme compagnons de 
jeunesse et de jeux, le soleil, les éblouissements
de midi, la douceur des ombres du soir, les reflets 
de la mer, des jardins d’évangile, des ciels gorgés
d'étoiles, des mirages sur la rocade du sud, 
et le vent, le vent architecte des dunes.
Suivaient les cortèges de senteurs, 
et des tumultes de couleurs.
Un jour, nous avons du, à travers ces richesses
Impalpables, dont nos yeux étaient encore pleins,
regarder le reste du monde.Il a fallu apprendre
à regarder en nous. Une lumière au fond de nous.
Une superbe référence. 
Notre héritage.
Notre vérité >>

Marie ELBE






Je parle de choses si lointaines....

 C'était il y a longtemps, Je me souviens, 
De ces doux matins, de ces matins lumineux, 
  Je me souviens des parfums, 
 Des couleurs.
De ces pierres riches de secrets, 
Du calme, des murmures,  
Des odeurs vertes au feuillage diapré.  
De la couleur des silences, couleurs flamboyantes, 
Du bleu éclatant, bleu de mer.
 Bleu enivrant  comme mille parfums.
 C'était il y a longtemps. 
 Passé caché dans notre mémoire.  
C'était il y a longtemps,   
C'était le temps de nos vingt ans. 
J.C.R






Les odeurs de là-bas
 
 

 

Sans-tu le frais parfum de la blanche anisette
Dans le verre embué? Et celui des brochettes
Aux portes des cafés ?  De là-bas c'est l'odeur.
Me voici transportée sous l'oranger en fleurs
Des souvenirs, soudain, s'ouvre tout grand le livre
Quand toutes ces senteurs se mettent à revivre, 
C'est un ciel éclatant d'azur et de vermeil
Une mer d'émail bleu ondulant au soleil
C'est la vigne naissant au sein des terres rouges
C'est midi si brûlant que l'ombre seule bouge
C'est l'ardente clarté courbant les floraison
c'est la chaleur, la plage; c'est notre maison.
Respire à plein poumons cette odeur généreuse
Et vois le bourricot sur la route poudreuse
Qui trotte résigné, chargé de lourds paniers
Qui lui battent les flancs. Retrouve les palmiers
Aux écailles brunies dont la houppe balance 
Dans les cieux en fusion la verte nonchalance
Qui, respire fort les parfums de là-bas
Et tu verras alors, emplissant les cabas
En tuniques de sang, la tomate pulpeuse
L'orange ensoleillée et la grappe juteuse
Tu sentiras l'odeur des couscous épicés,
Des paellas fumantes, des piments grillés,
Et l'arôme fruité de notre huile d'olive
La fragrance salée du rouget, de la vive
De la dorade rose au bout de l'hameçon
Dont on se mijotait des soupes de poissons
Vois les figues sucrées emplissant la corbeille
Près desquelles tournoient les friandes abeilles
Délaissant le jasmin langoureux, obsédant.
Nous mordions dans la vie, ensemble, à pleines dents
C'était la joie, le rire c'était le bonheur!
Le passé contenu dans ces fortes senteurs 
C'était les temps heureux, c'était notre richesse...
Car l'odeur de là-bas, c'était notre jeunesse !
 
 







Baignade.
Sur les blocs du port d'Alger



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Vous pouvez arracher l'homme du pays mais vous ne
pouvez pas arracher le pays du cœur de l'homme.

John Dos PASSOS


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Bibliographie :
 
Albert CAMUS : L'été.
Frédéric MUSSO : L'imparfait du fugitif. La Table ronde.
Henri MICHAUX : "Ma vie" Devoir de mémoire".
Wikipédia.



 
Illustration : J.C RIERA Carrosi Colombani
vue d'Alger, croquis: les terrasses, le port. Ch. BROUTY
Peinture Le port d'Alger. A.Marquet 
 
 
 
"Je voyagerai car j'aime le monde, mais j'ai la conviction que, ailleurs, je serai toujours en exil"
Albert Camus 



 


Mnémosyne

Dans la mythologie Grecque , entre autres d'après Hésiode, Mnémosyne  est une titanide fille d'Ouranos  (le Ciel) et de Gaïa (la Terre) qui est la déesse de la Mémoire.

Voir également Bains en Méditerranée, 
cliquez

http://lebainrierajc.blogspot.fr/
  

 http://mflchargravures.blogspot.fr/


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